SST en entrepôt logistique : le point faible que personne n'avoue

Dans les entrepôts logistiques français, on affiche des taux de fréquence, des schémas de circulation et parfois quelques affiches de prévention. Mais quand un cariste s'effondre entre deux racks, tout repose sur une poignée de Sauveteurs Secouristes du Travail souvent mal répartis, peu entraînés, et pris dans une organisation qui ne leur pardonnera pas la moindre seconde perdue.

Pourquoi la logistique reste le maillon faible du SST

On connaît les chiffres : selon les bilans annuels de l'Assurance Maladie - Risques Professionnels, la logistique et le transport figurent parmi les secteurs les plus accidentogènes, avec une part importante de troubles musculosquelettiques, de chutes de hauteur, d'écrasements, sans parler des accidents graves liés aux engins de manutention.

La plupart des plateformes ont pourtant des SST. Officiellement, tout est conforme. Sur le papier. Sauf que :

  • les plannings tournent en 3x8 avec intérimaires, CDD et sous‑traitants qui font la moitié de l'effectif réel ;
  • les SST sont souvent concentrés sur les horaires de jour, alors que les nuits et les samedis matin ressemblent à un angle mort total ;
  • les zones à plus fort risque (quais, zones froides, préparation de commandes) sont parfois sans présence secouriste à certains créneaux ;
  • les plans d'intervention sont théoriques, rarement testés en conditions réalistes.

Résultat : un accident grave dans une travée reculée, de nuit, avec un bruit ambiant élevé et une équipe réduite, ce n'est plus un "cas d'école". C'est un scénario probable. Et c'est là que votre dispositif SST doit être jugé, pas sur un audit propret en journée.

Actualité : la pression monte sur la prévention dans la logistique

Les dernières statistiques publiées par l'Assurance Maladie sur les accidents du travail montrent une médiatisation croissante des risques dans les entrepôts, en particulier ceux de l'e‑commerce. Inspections, reportages, études académiques : la logistique n'est plus ce décor discret de l'économie. Elle est devenue un symbole de ce qu'on tolère - ou non - pour gagner quelques heures sur la livraison.

Dans ce contexte, un dispositif SST en entreprise bricolé, limité au strict minimum réglementaire, devient un risque d'image aussi bien que juridique. Le jour où un drame survient, on ne vous demandera pas combien de fois vous avez rappelé le port des EPI, mais comment vous aviez organisé les secours internes, très concrètement, heure par heure.

Cartographier les vrais risques... pas ceux de la plaquette

Avant de parler formation, il faut accepter de regarder l'entrepôt comme un organisme vivant. Pas comme un plan AutoCAD figé. C'est précisément la démarche que nous défendons dans nos audits de risques, quand nous préparons une formation SST adaptée au terrain.

Identifier les zones aveugles

Un bon diagnostic commence par quelques questions brutales :

  1. Quelles sont les zones où un accident peut passer inaperçu plus de 3 minutes ?
  2. Où les engins roulent le plus vite, en marche arrière, avec une faible visibilité ?
  3. Quels postes combinent travail isolé et bruit permanent (zones de filmage, quais, chambres froides) ?
  4. Sur quels créneaux horaires la présence de SST chute dangereusement ?

Sur le terrain, cela donne souvent la même photographie : des SST bien présents aux bureaux, dans les zones administratives ou sur les plages de forte activité visible, et une quasi‑désertification secouriste dès qu'on s'éloigne vers les travées profondes.

Prendre en compte la topographie réelle

Entre un arrêt cardiaque dans un open space et le même incident en zone rackée à 8 mètres de hauteur, il y a un monde. La durée d'accès, les obstacles, le bruit, les engins en circulation, la distance au défibrillateur, tout change. C'est pour cela que la formation Sauveteur Secouriste du Travail ne peut pas être déconnectée d'une mise en situation très concrète.

Concrètement, cela suppose de :

  • placer les DAE là où le trajet moyen d'accès est inférieur à 3 minutes, en tenant compte des allées, portes, sas et badges ;
  • prévoir des itinéraires "secours" connus de tous les SST, testés en conditions réelles ;
  • intégrer dans le plan d'intervention les contraintes de circulation des chariots et transpalettes, pour éviter de transformer les secouristes en obstacles de plus.

Former des SST qui savent intervenir dans le bruit, le froid et la poussière

Une formation standard, en salle, avec mannequins rangés bien droit et consignes chuchotées, ne prépare pas vraiment à un accident sur quai l'hiver, porte ouverte, vent de face, gouttes d'huile au sol et bip continuel des engins.

Sortir de la formation "décorative"

Les plateformes qui montent en maturité l'ont compris : il ne s'agit pas seulement de cocher la case formation. Il s'agit de fabriquer des réflexes utiles. Autrement dit :

  • entraîner les SST à se positionner dans un environnement bruyant, en sécurisant rapidement la zone d'intervention ;
  • répéter la pose d'un DAE dans un contexte contraint (gilet, gants, poussière, manque de place) ;
  • intégrer de vrais scénarios d'écrasement, de chute de hauteur, d'intoxication (par exemple en zone batteries ou produits chimiques).

C'est précisément ce que permettent des formations SST adaptées à votre secteur, avec des cas pratiques tirés de votre activité réelle : palettisation, préparation de commandes, cross‑docking, etc.

Ne pas oublier les sous‑traitants et intérimaires

Les intérimaires représentent parfois 30 à 50 % de la main‑d'œuvre sur certaines périodes. Et dans trop d'entrepôts, ce sont eux qui manipulent le plus les engins, les charges lourdes, les zones froides.

Les exclure de vos formations, ou les considérer comme un problème "agence d'intérim", c'est accepter que les plus exposés soient les moins armés. Une politique moderne de prévention des risques intègre au contraire :

  • un nombre minimal de SST parmi les intérimaires de longue durée ou les chefs d'équipe intérimaires ;
  • un accueil sécurité qui inclut un vrai volet organisation des secours (qui j'appelle, depuis où, avec quels moyens) ;
  • des exercices communs impliquant internes et prestataires.

Organisation des secours : tenir la nuit et les pics d'activité

Un autre mensonge confortable consiste à raisonner "effectif théorique". Sur le papier, vous avez 12 SST. En réalité, de nuit, un samedi de forte activité, il en reste deux, parfois un seul sur toute la plateforme.

Construire un maillage cohérent par tranche horaire

La vraie question n'est pas "combien de SST avons‑nous ?", mais "combien de SST opérationnels avons‑nous par secteur et par tranche horaire ?". Cela suppose un travail sérieux sur :

  1. la répartition par zone (quais, préparation, expédition, bureaux, zones sensibles) ;
  2. la couverture minima par équipe, de jour comme de nuit ;
  3. les relais en cas d'absence, maladie, départ imprévu ;
  4. la traçabilité de ces choix dans vos documents de mise en conformité.

En France, l'INRS rappelle dans ses ressources officielles sur le Sauveteur Secouriste du Travail qu'il faut un nombre adapté de secouristes, capable de couvrir l'ensemble des risques et des horaires. Adapter, ici, veut dire concret, pas "à vue de nez".

Tester le dispositif en conditions réelles

Une simulation simple, mais redoutablement efficace, consiste à organiser un exercice en pleine activité, sans prévenir les équipes au‑delà du nécessaire :

  • annonce d'un malaise grave ou d'un accident de manutention sur un quai précis ;
  • déclenchement de la chaîne d'alerte telle qu'elle existe réellement ;
  • mesure des temps : détection, alerte, arrivée du premier SST, mise en sécurité, arrivée du DAE.

Vous verrez vite si votre dispositif tient la route ou s'il n'est qu'un organigramme rassurant accroché dans un bureau RH.

Cas d'entrepôt : quand un quasi‑drame remet les pendules à l'heure

Dans une grande plateforme francilienne, un cariste fait un malaise sévère un soir de novembre, vers 21 h 15. Froid, pluie, flux tendu, beaucoup d'intérimaires. Sur le papier : 10 SST sur site. En réalité, ce soir‑là, ils sont 3, tous concentrés sur une même zone.

Le malaise est repéré tardivement, le DAE est trop loin, et l'équipe met plus de 7 minutes à démarrer une prise en charge structurée. L'homme survit, de peu. Le lendemain, l'entreprise découvre que :

  • un des SST n'a pas fait son MAC SST depuis plus de trois ans ;
  • aucune consigne claire n'existe pour les intérimaires en cas d'accident grave ;
  • le seul plan à jour est stocké... dans un classeur au bureau du directeur de site, fermé à clé.

Ce genre d'événement laisse des traces. Il peut aussi être le point de départ d'une vraie refonte, à condition d'accepter de regarder lucidement ce qui ne marche pas.

Vers des entrepôts enfin à la hauteur de leurs risques

On peut toujours se dire que "ça n'arrive qu'aux autres". Jusqu'au jour où le SAMU vous pose des questions très simples sur votre organisation de secours interne et que vous n'avez que des réponses floues.

Construire un dispositif SST solide en entrepôt logistique, ce n'est pas empiler des certificats. C'est :

  • partir d'un audit honnête de vos risques réels ;
  • former des secouristes adaptés à vos ambiances de travail ;
  • organiser un maillage par zone et par horaire ;
  • entretenir ces compétences par des mises à jour régulières et des exercices sérieux.

Si vous sentez que votre organisation actuelle ne tiendrait pas un accident grave, ce n'est pas une fatalité. Commencez par faire le point, noir sur blanc, puis laissez‑vous la possibilité de la réorganiser. Et si vous avez besoin d'un regard extérieur, habitué aux plateformes logistiques partout en France, vous pouvez nous solliciter via la page Demander un devis. La vraie modernité, dans ce secteur, ce n'est pas seulement la robotisation. C'est une chaîne de secours qui tient debout.

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