SST et nouveaux embauchés : arrêter de les laisser découvrir le risque seuls

Entre arrivées massives, contrats courts et pression sur la productivité, les nouveaux embauchés restent trop souvent livrés à eux‑mêmes sur le terrain. Or, du point de vue SST, ce sont précisément ceux qui cumulent manque d'expérience, méconnaissance des risques spécifiques et forte exposition aux tâches accidentogènes.

Les nouveaux arrivants, vrais premiers exposés aux accidents graves

On préfère parfois ne pas trop regarder les chiffres, mais ils sont têtus. D'après les données de l'Assurance Maladie - Risques professionnels, la fréquence des accidents du travail est nettement plus élevée chez les salariés ayant moins d'un an d'ancienneté. Dans certains secteurs - logistique, agroalimentaire, BTP - ce différentiel devient franchement indécent.

Pourtant, dans beaucoup d'entreprises françaises, l'intégration sécurité se résume encore à une présentation PowerPoint un peu poussiéreuse, parfois suivie d'une signature de feuille de présence. Les Sauveteurs Secouristes du Travail sont à peine mentionnés, souvent pas présentés concrètement. Résultat :

  • le nouvel arrivant ne sait pas qui appeler en cas d'accident, ni comment ;
  • il ne repère pas les signaux faibles de fatigue, malaise, surchauffe ;
  • il répète les mauvaises habitudes des anciens, y compris les entorses aux consignes.

On oublie trop souvent que la prévention et l'organisation des secours se jouent dans les premiers jours, parfois dans les premières heures. Le reste, ensuite, ne fait que consolider - ou rattraper - ce qui a été posé au départ.

Pourquoi vos SST doivent être au cœur du parcours d'intégration

Dans la plupart des organigrammes, les SST apparaissent en bas de page, en tout petit. Dans la vraie vie, ce sont pourtant eux qui seront là quand quelque chose dérape. Il est donc parfaitement illogique de les laisser en dehors du parcours d'intégration, alors que ce sont les mieux placés pour transmettre une culture du risque réaliste.

Des repères humains, pas seulement des procédures

Un nouveau salarié retient rarement la totalité d'un livret d'accueil sécurité. Par contre, il se souvient d'un visage, d'un prénom, d'une phrase frappante. Faire intervenir un ou deux SST dans le parcours d'intégration, c'est offrir :

  • un repère concret : « En cas de pépin, tu peux venir me voir, même pour un doute. »
  • une parole de terrain, incarnée, qui parle des vrais incidents, pas seulement des présentations PowerPoint.
  • un premier réflexe : alerter vite, et ne pas minimiser un malaise, une brûlure, une chute.

Chez Global SST, on le voit très clairement lorsqu'on prépare une formation SST en intra : les entreprises qui impliquent leurs secouristes dans l'accueil des nouveaux ont un niveau de maturité sécurité tout simplement différent. Les questions sont plus concrètes, les retours d'expérience circulent mieux, les signaux faibles remontent plus tôt.

Transformer la visite sécurité en moment clé

Plutôt que de confier la visite sécurité uniquement au responsable HSE ou au chef de site, associer un SST change le ton :

  • on passe d'un discours normatif (« il faut, on doit ») à un discours vécu (« voilà ce qui s'est déjà passé ici ») ;
  • les risques spécifiques au poste sont illustrés par des cas réels, sans catastrophisme mais sans naïveté ;
  • le nouveau voit que la prévention n'est pas qu'une affaire de direction, mais aussi de collègues formés.

Cette démarche rejoint d'ailleurs l'idée d'audit de vos risques défendue par Global SST : partir du réel de vos installations et de vos métiers, pas d'un modèle abstrait. L'intégration des nouveaux devrait être le premier terrain de mise en pratique de cet audit.

Mars - avril : la vague d'embauches saisonnières mal préparée

Chaque année, à la fin de l'hiver et au début du printemps, les mêmes scènes se rejouent : renforts saisonniers dans la grande distribution, la logistique, les plateformes e‑commerce, les campings, l'agroalimentaire. On multiplie les badges provisoires, les contrats courts, les briefs expédiés entre deux rushs.

Pourtant, le printemps est une saison où les risques se cumulent :

  • remontée des températures dans les entrepôts encore mal ventilés ;
  • équipes mixtes anciens‑nouveaux, avec un effet d'imitation parfois dangereux ;
  • accélération brutale des cadences, notamment dans la préparation de commandes.

Dans ce contexte, laisser les nouveaux découvrir le risque « sur le tas » est un pari cynique. Quand un saisonnier se blesse gravement au bout de trois jours, c'est rarement une fatalité : c'est un symptôme d'intégration bâclée et de formation SST mal connectée à vos réalités métiers.

Actualité : le retour des contrôles ciblés sur les intérimaires et saisonniers

Les dernières campagnes de l'Inspection du travail et de la Direction générale du travail sont claires : les entreprises qui recourent massivement à l'intérim et aux saisonniers seront davantage contrôlées sur la prévention, l'information et la formation sécurité. Derrière les communiqués un peu lisses, le message est limpide : « On sait que vos nouveaux sont plus exposés ; prouvez‑nous ce que vous faites pour eux. »

Intégrer vos SST à ce dispositif, c'est justement ce qui permet de passer du discours à la preuve :

  • feuilles d'émargement des briefs sécurité animés par des SST ;
  • traçabilité des visites de poste avec explication des risques cardiaques, mécaniques, chimiques ;
  • rappels réguliers lors des pauses, vérifiables, documentés.

Structurer un vrai parcours d'intégration « sous le regard des SST »

Concrètement, comment fait‑on pour que les SST soient autre chose qu'un nom dans un classeur ? Voici une trame opérationnelle, applicable aussi bien dans un siège parisien que dans un entrepôt de province.

Étape 1 - Cartographier les moments clés des premiers jours

On commence par sortir du flou. Prenez un stylo et listez tout ce que vit un nouveau dans ses cinq premiers jours :

  1. Accueil RH et remise des documents.
  2. Présentation de l'entreprise et des règles de vie.
  3. Remise des EPI éventuels.
  4. Découverte du poste avec un tuteur.
  5. Premières manipulations en autonomie relative.

À chaque étape, posez une seule question : « Où un SST pourrait‑il apporter quelque chose de concret, en termes de prévention et d'organisation des secours ? » Dans la plupart des cas, la réponse est : partout.

Étape 2 - Rendre les SST visibles, tout de suite

Dès le premier jour, le nouveau devrait :

  • voir la photo des SST de son secteur, affichée de manière claire ;
  • rencontrer au moins un SST physiquement, même cinq minutes ;
  • entendre un rappel simple : qui alerter, comment, dans quel ordre.

Cela peut se faire pendant une courte séquence animée par un SST pendant l'accueil, ou lors de la première visite de poste. Dans certaines entreprises que nous accompagnons en formation intra sur toute la France, cette séquence est devenue un rituel : le SST raconte « son » accident le plus marquant, ce qu'il aurait aimé que les collègues sachent ce jour‑là. C'est brut, mais terriblement pédagogique.

Étape 3 - Adapter le message aux vrais risques du poste

Un nouvel arrivant dans un open space n'a pas les mêmes enjeux qu'un saisonnier sur une ligne de conditionnement. C'est précisément là que la démarche d'audit des risques prend tout son sens :

  • identifier les gestes critiques des premiers jours (port de charges, travail en hauteur, proximité de convoyeurs, exposition aux produits chimiques, etc.) ;
  • pour chacun, expliciter les signes d'alerte que le nouveau doit apprendre à repérer sur lui‑même et sur les autres (douleurs thoraciques, vertiges, brûlures, essoufflement, confusion...) ;
  • reformuler en langage simple, loin du jargon réglementaire.

Un SST formé sérieusement - et c'est là tout l'enjeu d'une formation SST rigoureuse et contextualisée - sait très bien faire ce pont entre le référentiel et la vraie vie. Il sait traduire une conduite à tenir en geste concret, en phrase qu'on retiendra sous stress.

Cas d'usage : une plateforme logistique qui arrête de compter sur la chance

Dans une grande plateforme logistique d'Île‑de‑France que nous avons accompagnée récemment, le constat était brutal : en deux ans, la quasi‑totalité des accidents avec arrêt concernaient des salariés présents depuis moins de trois mois. Les fiches d'analyse d'accident se ressemblaient toutes : « n'avait pas été informé du risque », « pensait que c'était comme dans son ancienne boîte », « ne savait pas qui prévenir ».

La direction a accepté de jouer le jeu à fond. Pendant un mois, chaque nouvel arrivant a bénéficié d'un parcours d'intégration revu :

  • session d'accueil sécurité animée à deux voix : HSE + SST expérimenté ;
  • visite de poste guidée par un binôme tuteur/SST, avec explication des scénarios d'accident les plus crédibles ;
  • une « tournée de rappel » au bout de quinze jours, assurée exclusivement par les SST du secteur.

Résultat au bout de six mois : aucun accident grave sur les nouvelles recrues, des presque‑accidents signalés beaucoup plus tôt, et surtout une perception très différente du rôle des SST. Ils n'étaient plus vus comme des « gilets verts pour les audits », mais comme des ressources de proximité, avec qui on ose parler d'un malaise, d'un collègue pâle, d'un poste mal réglé.

Former vos SST pour qu'ils sachent vraiment parler aux nouveaux

Évidemment, pour que cette montée en puissance fonctionne, encore faut‑il que vos SST soient à l'aise dans le rôle. Or, beaucoup ont été formés une fois, puis laissés en jachère, sans MAC SST sérieux, sans remise à niveau sur les risques psychiques, les ambiances thermiques, les nouvelles organisations de travail.

Une formation ou un recyclage SST qui intègre explicitement :

  • la posture vis‑à‑vis des nouveaux (écoute, pédagogie, posture non culpabilisante) ;
  • la gestion des signaux faibles (fatigue extrême, anxiété, suradaptation) ;
  • les situations d'accident typiques des premières semaines (mauvaise utilisation d'un engin, réflexe dangereux, précipitation) ;

donnera à vos secouristes une légitimité nouvelle. Ils ne seront plus seulement ceux qui posent un pansement ou utilisent un DAE, mais ceux qui préviennent le basculement vers l'accident grave, en accompagnant la montée en compétence des nouveaux.

Et maintenant, on fait quoi demain matin ?

On peut continuer à se raconter que « tout le monde sait bien qu'il faut faire attention ». Ou on peut accepter que, pour un nouvel arrivant qui ne connaît ni les lieux, ni les codes, ni les habitudes, cette phrase ne veut rien dire.

Si vous deviez ne faire que trois choses dans les quinze prochains jours :

  • organiser une courte rencontre systématique entre chaque nouveau et un SST de son secteur ;
  • afficher clairement, sur chaque zone de travail, les photos et contacts des SST ;
  • passer en revue vos contenus de formation SST et de MAC en vous demandant : « Est‑ce que cela prépare vraiment nos secouristes à accompagner les nouveaux ? »

La bonne nouvelle, c'est que cette démarche ne demande pas forcément plus de moyens, mais davantage de cohérence. En un mot : arrêter de laisser les nouveaux découvrir le risque seuls, et remettre vos SST au centre du jeu. C'est exactement pour cela qu'ils existent.

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